Deux publications officielles récentes dessinent un paysage énergétique en apparence contradictoire pour les entreprises françaises : d’un côté, une électricité abondante et de plus en plus renouvelable ; de l’autre, des prix de marché qui restent sous tension à l’approche de l’hiver. Comprendre cette dynamique est essentiel pour toute entreprise qui doit décider quand et comment sécuriser ses prochains contrats d’énergie.

Ce que confirme RTE : une électricité abondante en France

Dans son Bilan du premier semestre 2026 et ses perspectives pour la sécurité d’approvisionnement, publié le 16 juillet dernier, RTE (Réseau de Transport d’Électricité) relève un contexte structurellement favorable : la disponibilité du parc de production reste élevée, la consommation demeure stable, et le pays connaît un épisode de surcapacité électrique bas-carbone qui contraste nettement avec les tensions observées lors de l’hiver 2022-2023.

RTE souligne toutefois que cette abondance actuelle ne doit pas conduire à relâcher les efforts de développement des filières de production bas-carbone : selon son Bilan prévisionnel 2026-2035, la consommation électrique française devrait fortement augmenter d’ici 2035, sous l’effet de l’électrification des usages (véhicules électriques, pompes à chaleur, fours industriels), avec une fourchette de consommation totale estimée entre 470 et 580 TWh à cet horizon.

Ce que confirme Eurostat : un nouveau record de renouvelables en Europe

De son côté, l’office statistique européen a publié, le 18 septembre 2026, des chiffres inédits sur la production électrique du deuxième trimestre 2026 : les énergies renouvelables ont représenté 54,1 % de l’électricité produite dans l’Union européenne, un niveau quasi stable par rapport aux 54,3 % de l’année précédente. Fait notable, le solaire est devenu la première source d’électricité renouvelable du continent, avec 41,6 % de la production verte européenne, contre 37 % un an plus tôt — devançant désormais l’éolien (27,7 %) et l’hydroélectricité (22,6 %).

Ces deux publications, RTE et Eurostat, convergent vers un même constat structurel : à moyen et long terme, l’offre électrique bas-carbone en Europe et en France s’annonce abondante, ce qui constitue en théorie un facteur de modération des prix.

Le paradoxe des prix à court terme

Pourtant, sur le marché de gros, les entreprises qui doivent renouveler leur contrat dans les prochains mois observent une réalité différente : les prix des échéances les plus proches restent sous tension, tirés par la hausse du gaz à l’approche de l’hiver, tandis que les échéances plus lointaines (2028, 2029) affichent des niveaux nettement plus modérés. Ce phénomène s’explique par le rôle encore central du gaz dans la formation du prix de l’électricité sur les marchés à terme les plus proches, y compris en France malgré la bonne disponibilité du parc nucléaire.

Ce grand écart entre échéances proches et lointaines n’est pas anecdotique : il signifie concrètement que la stratégie optimale d’achat d’énergie n’est plus la même selon l’horizon de couverture visé par l’entreprise.

Ce que cela change pour la stratégie d’achat des entreprises

Face à ce marché à deux vitesses, plusieurs enseignements pratiques se dégagent pour les entreprises :

C’est précisément le rôle d’un courtier en énergie que d’objectiver cette lecture du marché : suivre les publications officielles, benchmarker les offres des fournisseurs sur chaque échéance pertinente, et construire une stratégie d’achat échelonnée adaptée au profil de consommation et à l’appétence au risque de chaque entreprise.

Foire aux questions

Pourquoi les prix de l’électricité montent-ils si l’offre est abondante ? Sur les échéances les plus proches, le prix de l’électricité reste fortement corrélé à celui du gaz, qui sert souvent de référence marginale sur le marché de gros. L’abondance de production bas-carbone en France est un facteur structurel qui joue davantage sur les échéances plus lointaines.

Faut-il attendre pour sécuriser son contrat d’énergie ? Il n’existe pas de réponse unique : cela dépend de l’échéance du contrat en cours, du volume à couvrir et de la capacité de l’entreprise à supporter la volatilité de court terme. Une stratégie échelonnée, différenciée par échéance, permet généralement de mieux gérer ce risque qu’une décision unique.

Où trouver ces données officielles ? Les bilans et perspectives de RTE sont disponibles sur son portail Analyses et données de l’électricité, et les publications d’Eurostat sur son site officiel, dans la rubrique dédiée aux statistiques de l’énergie.

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